Où des voix disparues chantent des chansons de marin

Nous mourrons tous. Et nous vivons. Mais nous ne savons pas pourquoi.

Nous ne savons pas pourquoi nous avons été jetés dans le temps. Et nous ne savons pas ce qui nous attend après notre passage dans ce temps. Rien, peut-être ? C’est possible. Le secret est bien gardé.

La beauté nous éblouit. Nous ne la comprenons pas. Nous cherchons la vérité. Elle ne cesse de nous fuir. Nous avons le droit de croire à autre chose qu’à ce temps et à ce monde, nous avons le droit d’espérer un destin éternel. Nous ne pouvons rien en savoir.

Une phrase célèbre d’Einstein fait l’éloge du mystère. Chacun de nous se débat comme il peut contre les mystères qui l’entourent. Nous nous souvenons de temps en temps de quelques mots murmurés, d’un instant de bonheur, d’un visage, d’une souffrance, d’un tableau dans une église, dans un musée, d’un temple sur une colline, d’un certain nombre de chiffres inutiles et d’une chanson de marin ou d’une cantate de Bach chantées par des voix disparues ou qui disparaîtront.

Jean d’Ormesson